La longue route vers le Candaulisme, Chapitre 14 : un regard exterieur

Par Alexandre et Eléa le 11 février 2018 2
Dans Expériences candaulistes

16 octobre 2017 :
Eléa m’avait confié qu’elle avait besoin de retrouver confiance en elle, de se sentir belle. Certes, elle avait pris pas mal de kilos depuis le début de notre relation, mais mon amour et mon désir pour elle n’avaient cessé de croitre. Je me foutais pas mal de son poids, mais pas elle. Impossible pour elle de libertiner en se sentant mal dans son corps. Mon regard amoureux, donc forcément « biaisé », ne suffisait pas à la rendre sereine. Je pestais que mon avis soit ainsi balayé d’un revers de la main, mais elle n’en démordait pas : il lui fallait d’un « regard extérieur positif. » Eh alors quoi ? Tous les hommes qui voyaient son profil sur le site de rencontre où nous étions inscrits la trouvaient « désirable ! Ravissante ! Lumineuse ! sexy ». Tous les jours, je recevais des messages comme « bon dieu quel regard ! », « Femme magnifique ! », « des yeux envoutants »… et pas uniquement de la part de morts de faim…

C’est à cette période, à l’occasion d’une manifestation culturelle dans Paris, qu’elle reconnu dans la foule, Paul, un ancien amant à elle. Elle m’avait parlé de lui, assez souvent. C’était un libertin notoire dont elle était tombée amoureuse. Je reconnu vite en lui le portrait de l’amant idéal qu’elle m’avait dressé et dont la description figurait sur nos différents comptes : un peu plus âgé, mal rasé, roots, les mains caleuses, de gauche… je n’eus pas le temps de voir s’il était tatoué, mais le « pirate » que nous cherchions se tenait devant moi et n’était autre que son dernier amoureux… Eléa n’avait gardé avec lui qu’un contact distant depuis leur séparation, sans doute pour se protéger. Quand elle le salua, je vis instantanément s’allumer dans ses yeux la flamme de la luxure que je guettais chez elle depuis si longtemps. Salutations cordiales entre Paul et moi puis évidemment débriefing avec Eléa une fois en tête à tête.

-Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu tes yeux briller ainsi…

- J’ai été très contente de le revoir !

- Tu as envie de le revoir à nouveau… ? je veux dire… en tant qu’amant ?

- J’aimerais beaucoup oui !

Voilà, le « regard extérieur » de Paul serait le starter. Le complexe qu’Eléa faisait sur son poids semblait s’être envolé.

Il n’était pas bi, ses disponibilités étaient limitées et ne coïncidaient pas avec les miennes… pas de trio possible donc. Restait alors un duo entre Eléa et lui… Ils reprirent contact bien rapidement, avec ma bénédiction circonspecte.

Quand arriva le soir de leur rencontre, j’étais seul devant mon ordinateur à guetter les messages d’Eléa… Occupée à parler avec son ex-amant/ ex-amoureux/ ex-ami-de-nouveau-ami, Eléa n’avait pas le temps à me consacrer pour me tenir informé de l’avancée des choses. Les minutes passaient. Quelques messages très brefs : « Non, pas de baiser sur la bouche à son arrivée…smiley qui pleure » ou « on n’a rien fait, on papote encore… smiley qui sourit »… et de mon côté la jalousie terrible qui prenait peu à peu le dessus.

Cigarettes, alcool, cigarettes, alcool, cigarettes, encore alcool…

Je me regardais… minable… la main dans le pantalon, devant une fenêtre de tchat désespérément vide. Je m’étais même dit que ça serait l’occasion d’écrire un nouveau chapitre du blog. Il fallait tirer parti de cette excitation d’être cocu ce soir ! Après tout c’était bien ce que je souhaitais, non ?

Word était donc ouvert, mais tel Pénélope, j’écrivais et effaçais sans cesse pour n’obtenir qu’une page blanche, excepté un titre qui me blessait : « Chapitre 14 : sa soirée avec Paul ». Je compris à cet instant que, bien que candauliste, je n’étais pas fait pour les plans « cuckold », c’est-à-dire une rencontre entre ma douce et un amant sans que je sois là. Ce qui m’horrifiait le plus, c’était les liens qu’elle avait tissé avec lui. Ce n’était pas qu’un amant, c’était son ex-amant. Et cela changeait tout.

Les minutes passaient encore… lentes, lourdes, lancinantes… Je me détestais. Pourquoi avais-je accepté, et l’avais même encouragée à revoir cet homme ? Pour une seule chose : qu’elle reprenne confiance en elle et accède ainsi à mes désirs de trios… J’étais pathétique… Ce n’était même pas de l’altruisme détourné, c’était de l’égoïsme pur. Si je souffrais ce soir je serai sexuellement plus épanoui par la suite…
Je tentai de me rassurer en me disant que de sa part à elle, ce n’était pas non plus totalement net... Qu’elle était au moins aussi paumée que moi. Que son histoire de confiance en elle et de besoin d’un regard extérieur était sans doute un peu de la foutaise concernant Paul… et qu’elle avait peut-être simplement trouvé là une façon de revoir cet homme dont elle était tombée amoureuse pour vivre quelque chose de spécial... ou pour s’assurer définitivement de la fin de leur histoire.

Au petit jour, elle m’annonça que sa soirée fut, sexuellement parlant, un fiasco total. Elle avait tenté de le prendre mais il avait eu mal, il avait tenté de la prendre, mais n’avait pas réussi à bander. Cela se résumait donc pour Eléa à une « soirée un peu câline entre amis »… J’avais évidemment une autre vision de la chose : pour moi, ce fut une nuit d’horreur, de doutes, de jalousie, de folie sourde à m’en taper la tête contre le mur. Je ne m’étais endormi que grâce à l’alcool ingurgité.

Je tenais le lendemain à ne pas trop parler à Eléa de ma douleur pour ne pas la faire culpabiliser. Les messages que j’avais lui envoyés toute la nuit montrait déjà suffisamment mon trouble et Eléa savait pertinemment que je n’étais pas ressorti indemne de cette soirée. Eut-elle pitié ? Se sentit-elle coupable en dépit de mes efforts ? Etait-ce vraiment une révélation pour elle ? Etait-ce un mélange de tout cela ? Quoiqu’il en soit, elle finit de balayer ma peine en me faisant dans la matinée la plus belle déclaration d’amour qu’elle ne m’ait jamais faite :

« J’ai envie de te dire des mots d’amour tout en te piquant la tête.

Cette soirée avec Paul m’a ouvert les yeux sur la chance que j’ai de t’avoir dans ma vie. Et sur la chance que tu as eut de tomber sur moi, comme il l’a lui même souligné hier soir

Je t’avoue que j’appréhendais un tout petit peu d’avoir un léger pincement de le revoir, or il n’en est rien. Au contraire, mon visage s’illuminait quand je parlais de toi, et en m’endormant et en me réveillant mes pensées étaient pour toi.

Et ce matin je me sens sereine, j’ai un sentiment de plénitude en sachant que je suis amoureuse de toi, TOI : mon tout, mon âme complémentaire, mon opposé, mon jumeaux, mon tendre aimé, mon esclave, mon ami, mon amant, mon objet sexuel, mon complice.

Tout est entremêlé dans ma tête, le côté amoureuse romantique, le côté déesse dominante, et cela n’a jamais été aussi proche de la perfection. Il n’y a aucun côté de moi mis de côté. Elles sont là toutes les deux, elles se tiennent la main et te regardent avec le même regard, chacune avec une nuance différente, l’une teinté de tendresse, l’autre de passion, mais chacune avec Amour et adoration.

Parce que oui, moi aussi je t’adore en plus de t’aimer.

Et c’est vrai, je préfère ton côté soumis que actif. Je t’adore quand tu me baises les pieds et que tu me regardes avec ferveur, je t’adore quand tu me lèches la chatte délicatement, je t’adore quand ton regard s’embrume alors que je te chevauche.

Je t’adore quand je te baise la bouche, autant que quand on rit ensemble des mêmes conneries.

Je t’adore quand tu t’emballes et que je retrouve des dizaines de pavés sur mon téléphone, je t’adore quand tu m’ouvres tes cuisses, je t’adore quand je te sens frémir sous mes baisers dans ta nuque

Je t’aime. Je n’avais besoin de rien, et maintenant j’ai besoin de toi. »

Pas de regard extérieur positif qui change la donne sur la confiance qu’Eléa avait en elle. Mais un regard extérieur sur son couple qui la renforçait dans l’idée qu’elle avait trouvé en moi l’homme de sa vie.
« Que demander de plus ? » me direz-vous…
« Toujours la même chose » répondra le candauliste : « un amant ! »

Qu’est-ce qui pousse un homme aimant et aimé, à vouloir voir ou savoir sa femme dans les bras d’un autre ? Pourquoi ne se satisfait-il pas de ce qu’il a- et qui fait défaut à tant d’autres- cet amour mutuel si fort ?

Pourquoi ? Pourquoi suis-je ainsi ?

2 commentaires

La longue route vers le Candaulisme, Chapitre 14 : un regard exterieur

Par presidio le 18 février 2018

Merci de nous faire partager vos pensées à tous les deux. En plus vous écrivez très bien. Nous n’en sommes pas là de notre relation mais je me pose ces mêmes questions.

La longue route vers le Candaulisme, Chapitre 14 : un regard exterieur

Par Angecalin le 12 février 2018

Le retour d’Alex et Elea sur le site !
J’adore votre écriture !!
Ho oui ! les 4 dernières questions, Alex, je me les pose aussi...

Wyylde La plus excitante des expériences de couple
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