Une première ?…

Par Elvire&Jean le 29 décembre 2021 4
Dans Expériences de candaulistes

Silence total dans la voiture.
Je conduis, le regard dans le vague, difficile de me concentrer.
Toi, un imperceptible sourire au coin des lèvres, les joues très légèrement roses, à moins que ce soit moi qui sur-interprète.
Tu as dans la poche arrière de ton jean un préservatif, je te l’ai moi-même donné :
« tu as le droit d’en faire exactement ce que tu veux ce soir »
C’est la première fois, cette phrase résonne de manière terrible dans ma tête, tout comme elle provoque une invraisemblable excitation dans mon pantalon, je suis électrisé de part en part.
Apparemment elle te fait de l’effet aussi. Je ne me souviens plus vraiment de ta réaction, ce n’était ni une moue, ni les yeux au ciel, encore moins un air de dégout, mais bien une forme de provocation en guise d’acceptation, probablement un « tu en es bien sûr ? »
Nous sommes donc en route pour cette fête où nous retrouverons quelques amis et surtout beaucoup d’inconnu(e)s, d’amis d’amis d’amis…, qui apparaissent comme autant de possibilités.
Ces quelques mots avant de partir nous ont chauffé à blanc, comme d’habitude je suis déjà loin dans ma tête, probablement en train d’échafauder un énième possible scénario, et toi bien plus concrètement, tu attends de voir. Tu me questionnes maintenant sur ce que je suis prêt à accepter, je te réponds en m’étranglant, tellement surpris par ta manière bien concrète de te préparer à cette soirée, je te sens lointaine quand je te dresse des situations imaginaires, et à l’inverse si précise quand il s’agit des règles du jeu qui va suivre.
Manifestement, on ne fait plus semblant ce soir, en acceptant ce préservatif tu comptes nous faire vivre ce qui nous tient en haleine depuis pas mal de mois déjà, nos fantasmes n’ont qu’à bien se tenir.
Nous avons tout appris ensemble : amoureux depuis notre pré-adolescence, nous nous sommes tellement explorés ; toutes nos premières fois nous les avons vécues ensemble, nous avons grandi et vibré ensemble. Il était probablement impossible pour nous de laisser cet esprit d’aventurier décliner ; nos vies professionnelles, notre rôle de parents si prenant, les « soucis » de tous les jours ne pouvaient pas faire taire cela. Nous avons commencé à fantasmer - surtout moi – afin de maintenir cette énergie, je t’ai raconté beaucoup d’histoires, jusqu’à plus soif.
Il était peut-être temps d’expérimenter.
Je saurai beaucoup plus tard à quel point tu es capable de passer à l’action quand il est l’heure pour toi et que la situation s’y prête, cette capacité à verser dans un univers parallèle, fait de sexe, de plaisir, de sensations fortes et de don total de soi…
Nous arrivons enfin, le début de soirée commence comme tous les débuts de soirées, retrouvailles, un verre, deux, danse, discussion, danse, regards qui se croisent…
Je te demande plusieurs fois « alors, ça marche ? » sur le ton de la provocation et peut-être pour t’encourager aussi. Un peu agacée, tu préfères le hasard au calcul, laisser faire, les choses viendront d’elles-mêmes.
Quand tu danses.
Tu danses avec plaisir, c’est palpable, ton énergie et ta sensualité traversent ce corps de jeune fille que tu as gardé, magnétique. Cette nuit tu es ouverte, cela se sent aussi, je te suis de loin dans ta partie de chasse, les regards qui glissent sur toi me rendent fou. De temps en temps nous nous retrouvons dehors, à l’écart, pour nous embrasser et nous caresser. Derrière un troène à quelques mètres de la sortie, dans ce petit coin totalement noir, tu me suces langoureusement, avec passion et application. Inutile de résister, tu aimes autant prendre du plaisir qu’en donner. Je jouis violemment.
Je comprends aussi que tu es prête, tu as vraiment envie.
Nous replongeons dans la soirée, le temps s’étire.
Alors que je profite de la soirée (devenue très mouvementée), je te retrouve près de l’atelier de Téquila frappée. Grosse ambiance. Tout le monde parle fort évidemment. Il y a pas mal d’allées et venues, mais il semble que tes échanges avec un homme en particulier soient de plus en plus fréquents et que la distance entre vous deux se réduise étrangement. Il est grand, brun, à l’aise ; je regarde la scène de loin, amusé et en ébullition.
En passant près de vous, je m’aperçois que vous conversez tout en anglais ; il a touché le point sensible, il marque des points c’est sûr.
Et puis ta main se pose sur son bras, je connais ça : tu lui suggères inconsciemment que tout est permis. Vous échangez quelques mots à l’oreille, je vois sa main descendre sur tes fesses. Tu viens de lui dire que ton mari t’a donné quelque chose, c’est dans ta poche arrière, il peut y mettre la main pour savoir ce que c’est.
Il est surpris et reconnait ce petit relief circulaire, le préservatif.
Il te demande très vite si je suis là, où, puis rapidement il te questionne sur le fonctionnement de notre couple, il comprend immédiatement et semble très intéressé. Nous apprendrons bien plus tard qu’il est libertin, qu’il a eu une expérience avec un couple candauliste il y a peu, terme que nous même ne connaissions même pas à l’époque.
Il a aussi trouvé ce geste extraordinairement futé, élégant et très excitant. Tu étais parvenue à te faire caresser les fesses, tout en annonçant la situation, et cela en une poignée de secondes.
Il s’appelle C.

Et puis… et puis tout s’effondre. La douche.

Une amie de longue date m’interpelle de loin en me faisant des signes désespérés.
Elle a observé la scène depuis son fauteuil et me demande du regard ce que je fabrique, je ne vois donc rien ? À ce moment-là précisément je la hais.
Mais il serait plus juste de m’en prendre à moi-même : il faut être particulièrement naïf, ou plutôt inconscient, pour s’imaginer que nos si bons amis, devenus la garde rapprochée pour l’heure, laisseraient passer une telle énormité ! Nous, le couple de toujours, le mythe auprès des copains, serions pervertis à ce point ?! Impossible.
Cette solidité au sein de notre couple, cette fusion qui nous permet d’être joueurs et nous garde vivants, vient de prendre mille tonnes sous le regard des autres.
Inutile ce soir de rentrer dans les explications, il est trop tard.
Je te fais signe, t’explique, tu comprends apparemment mais tu sembles ailleurs, t’en foutre.
OK ; mais un autre problème pointe son nez : tu es malade maintenant, la faute à la téquila sûrement. Je dois prendre soin de toi et la fin de soirée bascule dans un tout autre registre…
C. vient prendre des nouvelles, il aimerait que l’on se revoit surtout, veut ton téléphone, j’hésite et finalement coupe court : je n’ai plus la tête au jeu, je ne peux pas prendre cette décision seul et tu n’es plus en état de le faire.
Le pauvre…
Il faudra un an avant que nous nous rencontrions à nouveau, dans des circonstances adéquates cette fois-ci ; ce sera une expérience torride, une vraie claque.
Je vous la raconterai dans un prochain post.

4 commentaires

Une première ?…

Par apituber le 31 décembre 2021

Une belle façon de nous mettre l’eau à la bouche.....

Une première ?…

Par Elvire&Jean le 30 décembre 2021

Merci pour vos commentaires !
j’écris (nous écrivons) la suite qui sera beaucoup plus dans l’action, j’ai bien conscience que ce premier épisode a dû en laisser plus d’un sur sa faim (tout comme nous d’ailleurs…)
Mais je pense que chaque commencement est fondateur, alors je préfère poser les choses ; et puis le fait de prendre son temps décuple le plaisir non ? :D
Bref, bientôt la suite…

Une première ?…

Par Tendramants le 30 décembre 2021

Jolie plume ! Hâte de lire la suite…

Une première ?…

Par elleetluisb le 29 décembre 2021

Excellent récit bravo