Chapitre 19 : Quentin, ses mots, Eléa, les siens.

Par Alexandre et Eléa le 26 février 2018
Dans Expériences de candaulistes

Jeudi 15 février 2018

Quentin était un des deux autres hommes dont le profil avait plu à Eléa, lors de la dernière séance de présentation des amants potentiels. Brun, les yeux bleus très clairs, la petite quarantaine, un visage très doux, il ne disposait d’aucune photo sexy sur son profil, mais sa plume compensait avantageusement ce manque. Alors que les choses avaient bien avancé avec Martial (voir les chapitres précédents), je continuais à échanger avec Quentin. Il manquait assurément d’expérience dans le libertinage et son approche trahissait sa très (trop) bonne éducation : la spontanéité dont il faisait preuve dans un message était tout à coup sapée dans le message suivant par des précautions inutiles, des doutes. Il était tour à tour, motivé puis hésitant, voulait puis ne savais plus ce qu’il voulait. J’avais fini par lui donner l’adresse mail que nous partagions avec Eléa (avec l’accord de celle-ci, évidemment) et Quentin lui avait envoyé un message plein d’emphase qui avait piqué encore plus sa curiosité et auquel elle avait répondu très favorablement.

Vu ce qu’Eléa avait partagé et (re)découvert avec Martial, il n’y avait ni pour elle ni pour moi de réelle nécessité à rencontrer un nouvel amant. J’avais d’ailleurs indiqué dans notre annonce du site candauliste que nous étions dorénavant en « stand by ». Eléa montrait cependant un intérêt certain pour Quentin. J’assistais quasiment à l’application du principe des forces contraires : quand je m’étais montré pressant pour trouver un amant, Eléa m’avait opposé ses refus, sa fatigue, sa satisfaction de n’être qu’avec moi. Et là, alors que j’avais précisément lâché du lest, mis au second plan mes désir d’être cocu-trompé-dominé-humilié, Eléa avait vu Martial sans moi par deux fois, et était en train d’organiser un rendez-vous avec Quentin. Trois « infidélités » en moins de 15 jours !

J’étais aux anges qu’elle se montre aussi joueuse ! Depuis le sauna libertin que nous avions fait, et dont elle avait été l’instigatrice, c’était la première fois que je la voyais aussi détendue vis-à-vis de la rencontre de complices. Je la sentais de nouveau apaisée, gourmande, prête à expérimenter, déterminée à profiter de la vie sans se poser mille questions. Un réel changement avait eu lieu en Eléa et, à l’heure où j’écris ces lignes, elle est toujours pleine de ces bonnes vibrations, de ce désir pour une sexualité différente.

Eros dominait Thanatos.

A l’instar de Martial, hélas, Quentin était en couple, il avait donc lui aussi peu de disponibilités. Ce fut long et compliqué pour qu’Eléa et lui réussissent à trouver un créneau de liberté commun. Le rendez-vous fut fixé un jeudi à 13h15 dans une brasserie près du lieu de travail d’Eléa.

Quelques jours avant la date fatidique, Quentin m’envoya un message pour me demander si je trouvais judicieux l’idée qu’il fasse une petite surprise à Eléa : il voulait la prévenir le matin même, que leur rendez-vous aurait lieu non pas dans un bar mais dans une chambre d’hôtel.

J’étais un peu étonné de sa proposition. Un peu déçu même. Cela ne cadrait pas avec l’image qu’il avait voulu montrer jusqu’alors. Celle d’un homme qui prenait beaucoup de précautions. Il avait insisté pour qu’Eléa lui accorde un café « pour faire connaissance » et m’avait également assuré qu’il serait plus à l’aise (et même plus motivé) si j’étais présent lors de la rencontre, m’assurant qu’il prendrait un grand plaisir à la draguer devant moi. Et là, soudainement, il me demandait s’il pouvait emmener directement Eléa à l’hôtel !

Hormis un mail un peu maladroit, Quentin n’avait cessé de jouer la carte « on ne brusque pas les choses » mais là, son lyrisme, sa timidité s’étaient envolés et il ne sembler plus éprouver le besoin de passer par la case « faisons connaissance avant tout »… Le fait qu’il me conviait également dans cette chambre d’hôtel ne m’enthousiasma pas plus. Je n’étais pas du tout dans l’optique « baise directe » et savais qu’Eléa avait elle aussi envisagé le rendez-vous de façon plus romantique. Entendons-nous bien sur le terme « romantique » : si Quentin plaisait à Eléa, je ne doutais pas une seule seconde qu’elle aille plus loin qu’un café et lui accorde d’autres faveurs. Quoiqu’il en soit, ce rendez-vous directement à l’hôtel m’avait fait le même effet que si Quentin m’avait dit :

« J’ai besoin de me vider les couilles sans blabla. Tu penses qu’Eléa acceptera ? »

Je m’empressai de lui répondre qu’il mettait la charrue avant les bœufs. J’ajoutai que « si jamais le désir était irrépressible, ils pourraient aller à l’hôtel mais APRES le café. Et que sa proposition faisait un peu « mort de faim ». Il me répondit que c’était pour se montrer « aventureux » pour plaire à Eléa. Je lui renvoyai dans la foulée un mail pour tenter de lui faire comprendre qu’Eléa aimait être « prête » pour son amant et que s’il voulait la convier à l’hôtel, il valait mieux qu’il la prévienne la veille, et non pas le jour même, pour qu’elle ait le temps de se pomponner, d’enlever certains poils disgracieux, de se choisir une tenue et en particulier des dessous.

Bref, je commençais un peu à déchanter. Les mails très brefs, presque cavaliers, qu’il nous envoya à Eléa ou à moi les jours précédant le rendez-vous, me rendirent encore plus sceptique. Quentin avait perdu son aura de poète. Il devait certes être très pris par son travail, mais Eléa et moi valions mieux qu’une demi-ligne.

Au matin du rendez-vous, je me connectai sur Messenger pour discuter avec Eléa. Elle m’avait fait lire la veille au soir un brouillon concernant le début du chapitre 18 qu’elle avait accepté de rédiger : sa version du deuxième rendez-vous avec Martial. Je m’attendais, au vu des retours très positifs qu’elle m’avait fait le soir même sur leur tête à tête, à y trouver la confirmation que j’avais eu la bonne démarche, et que nous étions sur la même longueur d’onde, en symbiose. Je tombais des nues en lisant :

« Alexandre voulait que j’ai un amant. »

Ce verbe me tourna dans la tête toute la nuit… merde, je pensais cette fois ne rien avoir imposé, au contraire… j’eus une vision d’horreur : moi qui dirigeait tout, et elle qui suivait pour je ne sais qu’elle obscure raison. Par amour peut-être, tout simplement.
Une autre phrase m’avait également peiné, elle avait parlé des baisers prodigués par Martial et de l’effet provoqués par ses mains sur elle, et avait écrit :

« J’ai ressenti des choses que je n’avais pas ressenties depuis longtemps. »

Je me savais nul pour faire jouir Eléa avec mon sexe, c’était entendu et intégré, mais en lisant cette phrase, c’était comme si tous les baisers fougueux, tendres, passionnés, coquins, pervers que j’avais donnés à Eléa partaient en fumée. Je n’arrivais pas à lire cette phrase autrement que :

« Voilà un an que je dépéris. Tes baisers ne m’ont jamais fait frémir. Sur ce point aussi, tu es nul. »

Ajoutez à ça qu’ayant transmis à Martial tous les secrets que j’avais pu glaner sur la montée de plaisir d’Eléa, le type de baisers qu’elle aimait, ses zones érogènes, cette phrase me tuait.

Ce qu’elle m’avait fait lire était un brouillon certes, Eléa avait écrit comme d’habitude de manière très directe, un peu à l’emporte pièce, j’avais beau en avoir conscience, j’étais abattu. Le soir même elle avait tenu à me rassurer en me disant que ce n’était pas cela qu’elle voulait dire : elle m’expliqua qu’elle n’avait pas été embrassée et touchée PAR UN HOMME PHALLIQUE de cette façon depuis fort longtemps. Avec moi, elle se sentait tout autant emportée par le plaisir, mais il était différent, plus englobant. Ce qu’elle avait aimé avec Martial, c’était son urgence à s’emparer d’elle, de faire d’elle « sa chose ».

En dépit de ces précisions, ces deux phrases avaient mariné toute la nuit dans mon cerveau, et mon manque de confiance en moi avait fait le reste : je m’étais levé dans un état pitoyable, je me sentais terriblement nul, un compagnon pourri, un mauvais amant, etc. Un sentiment profond d’humiliation me bouffait les tripes.

J’eus un reflexe quasi immédiat : me connecter dès l’aube sur un site de rencontre entre mecs. J’obtins vite ce que je cherchais : une queue à sucer. J’avais besoin de me passer les nerfs et sans doute aussi de confirmer ce sentiment d’humiliation : j’avais besoin de n’être rien qu’une bouche dont on se sert.

Après le traditionnel « bonjour, as-tu bien dormi mon amour ? », j’envoyai à Eléa un smiley en forme de banane. C’était notre petit code pour lui annoncer que j’avais sucé un homme. Je lui parlais à nouveau de mon trouble concernant son chapitre, et revins sur les deux phrases qui m’avaient chamboulé. Elle me rassura une nouvelle fois, faisant preuve d’une compréhension et d’une gentillesse à toute épreuve, et nous convînmes de ne plus jamais nous envoyer de brouillons. Je me sentis tout de suite mieux et étrangement le sentiment d’humiliation qui m’étreignait depuis le matin évolua… Comme si les deux phrases qui avaient, la veille au soir, égratigné l’estime que j’avais que moi, avaient mis à jour un fantasme enfoui… Maintenant qu’elle m’avait définitivement rassuré sur le plaisir que je lui procurais, je ressentais l’envie d’être rabaissé… Eléa voyait Quentin dans quelques heures et mes pulsions de cocu-soumis sortaient de terre. Je ne souhaitais qu’une chose, c’est qu’elle aille plus loin qu’un café avec Quentin. Je voulais qu’elle me pique le cerveau, se moque de moi, , m’humilie, me dise qu’elle allait tout faire pour conclure avec lui.

Je n’aimais pas me montrer ainsi. J’avais horreur de quémander à Eléa d’être « salope » ou humiliante. D’autant que j’avais vu que plus je la laissais faire selon ses envies, plus elle se lâchait et prenait plaisir à me faire bisquer. J’avais réussi pendant plus d’un mois à être zen et à comprendre que j’avais fait fausse route en plaçant mes fantasmes avant les siens, depuis un mois j’envisageais avec sérénité qu’elle ait un amant pour son plaisir à elle, et là je retombais dans mes anciens travers ! Je luttai donc pour ne pas montrer à Eléa mon envie de souffrir sous ses mots ou par ses actes et réussis à lui souhaiter un bon café avec Quentin sans éveiller trop ses soupçons. Le rendez-vous était prévu à 13h15.

14h34, message d’Eléa, simple, efficace : un smiley en forme de banane !

Je n’arrivais pas à la croire ! En 1h15 elle avait bu un café, et avait réussi à trouver le moyen de faire une fellation à Quentin ! Il fallut plusieurs messages pour qu’elle réussisse à me convaincre qu’elle avait vraiment été jusque-là avec lui.

Eléa mon confia qu’il était vraiment très beau, avait de la conversation, mais était, comme nous l’avions pressenti, bourré de principes. Elle me raconta qu’ils prirent rapidement leur café, le temps de faire un peu connaissance, et que Quentin en profita pour lui glisser qu’il avait « à tout hasard » réservé une chambre d’hôtel juste à côté. Après le café, Eléa refusa d’aller à l’hôtel et se piqua d’emmener Quentin dans un cloitre à proximité qu’elle connaissait bien pour y avoir déjà emmené un homme. Là-bas, des recoins sombres permettaient un peu d’intimité et Eléa avait un certain goût pour l’interdit ou les jeux risqués en « extérieur ». Arrivés là bas, me raconta-elle, le cloitre était fermé, et ils durent se rabattre finalement sur l’hôtel.

Au grand dam d’Eléa, pas de geste déplacé de Quentin à son égard dans la rue, ni même dans l’ascenseur qui les conduisait à la chambre. Une fois sur place, Quentin voulut faire jouir Eléa en lui prodiguant un cunnilingus, mais celle-ci préféra prendre les rênes et inverser la situation, et s’occupa donc du sexe de Quentin. Sans s’éterniser malheureusement sur les détails, elle lâcha :

« Et j’ai tout bien avalé, comme une grande fille ! »

J’étais totalement fou de désir ! Je lui avouai que je n’en pouvais plus de savoir qu’elle avait, une fois encore, avalé le sperme d’un autre homme sans que je puisse la voir faire… C’était une petite rechute de ma part, Eléa le savait et ne m’en voulut pas de lui hurler ainsi mon désir et ma frustration.

Dieu que j’aimais quand elle osait ! Et ces temps-ci, elle osait décidément beaucoup !

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