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La Clef : La Confession impudique de Junichirô Tanizaki

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Junichirô Tanizaki nous raconte ici l’histoire, somme toute assez banale, d’un couple : Ikuko, 45 ans, et son époux, 56 ans, mariés depuis une vingtaine d’années.

Ikuko ? Une femme japonaise, élevée dans la pure tradition, vertueuse, habituée à dissimuler ses pensées, désirs, envies, dans un monde où les sentiments sont intériorisés. Soumise, par habitude, par respect.
Le mari d’Ikuko ? Un professeur d’université entamant la cinquantaine, qui commence à ressentir quelques défaillances, malgré son attrait toujours présent pour son épouse. Et afin de pallier à cela, de stimuler son imagination, il va commencer la rédaction de son journal intime ; reflet de ses pensées, porteur de ses émotions, témoin de ses désirs, déclaration de ses pulsions.

De son côté, sa femme fera de même, trouvant là un confident bien propice. Un moyen indirect de s’exprimer, sans aucuns tabous, de sortir de sa réserve, de sa morale, de son souci des convenances.
« donner du bonheur à mon mari, c’était conforme au code de la femme vertueuse »

Ils vont, par le biais de leurs journaux intimes, écrire, se livrer, se confier, à eux même. Alors vas s’établir un lent ballet, chassé croisé de lectures dissimulées, chacun rédigeant son journal dans la secrète espérance de la lecture de l’Autre. Etrange danse, où chacun incite inconsciemment son conjoint à la curiosité. Je t’écris tu me lis..Tu m’écris, je te lis..

Et puis, le professeur découvre peu à peu un autre plaisir, celui bien connu et bien malheureux de la jalousie, qui sera pour lui un agent intermédiaire, exutoire à ses difficultés, espoir d’un possible renouveau :
« Je voudrais être jaloux jusqu’à la folie »
Il est prêt à offrir sa femme, son corps, espérant par ce biais, cette infidélité, découvrir une nouvelle volupté, aimer par procuration :
« elle pourrait aller jusqu’au point où je la soupçonnerais de franchir la limite, je désire même qu’elle aille aussi loin »

Et soudain un flash….Un appareil photo, technologie bien moderne, qui lui permettras de garder l’image de ce corps longtemps caché, entre aperçu seulement dans les ombres de leurs nuits.
Un jeu candauliste ? Prélude érotique ? Révélateur ou déclencheur, peu importe…l’image ne remplace alors pas l’écrit, elle le complète.
La photographie, n’est elle pas par définition, un moyen par lequel on fixe l’image des corps placés devant l’objectif d’une chambre obscure ? ? ?

Une subtile tentation, exercé par le biais de ces photos, journaux, de cette jalousie. Une invitation, la quête d’un plaisir par un moyen détourné. L’écriture, comme l’image, est un formidable moyen d’expression, de confession…

Tanizaki aborde ici la notion de désir (partagé ou non) à travers un point de vue à la fois universel - qui rend compte de toute sa complexité et son ambiguïté -, et résolument asiatique en ce que ce désir mène fatalement à la soumission et au sacrifice.

" A l’époque féodale, la vertu d’une femme voulant qu’elle se soumette absolument à son mari, elle se serait pliée à tous ces désirs, aussi infâmes ou répugnants qu’ils soient, et n’aurait d’ailleurs pas pu faire autrement.
A plus forte raison dois-je l’accepter de mon mari qui, sans les stimulations que lui procurent ces jeux insensés, est incapable d’accomplir l’acte de façon satisfaisante pour moi.

Je ne fais pas que remplir mon devoir. D’un certain point de vue, je demeure une épouse vertueuse et docile et, en échange, j’obtiens de lui qu’il comble mes appétits charnels dévorants.

Cela dit, je me demande pourquoi mon mari ne peut se contenter de me mettre nue, mais veut en plus me prendre en photos et, sans doute pour me les montrer, les fait agrandir et les colle dans son cahier.

Il est le mieux placé pour savoir qu’en moi cohabitent la plus extrême luxure et la plus extrême pudeur." p.72

" La passion violente que suscite la jalousie, l’exacerbation des pulsions sexuelles obtenues grâce au spectacle inépuisable de ma femme nue, tout cela me conduit à une folie qui ne connaît pas de limite.

Pour l’instant, je suis infiniment plus porté sur la chose que ma femme. Quand je pense que, nuit après nuit, je suis plongé dans une extase que je n’aurais même pas osé imaginer en rêve, je ne peux m’empêcher d’être reconnaissant du bonheur qui m’échoit, mais en même temps, j’ai le pressentiment qu’un tel bonheur ne saurait durer, que tôt ou tard je devrai le payer, que minute après minute je rabote mon destin." p.74

Cette oeuvre est un mélange noueux de sensualité et de cruauté, un roman fort qui interpelle et soulève beaucoup d’interrogations sur les mystères de la sexualité et l’importance de la communication au sein du couple.

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