Accueil > Découvrir le candaulisme >Comprendre >Constat de la relation de couple >

L’évolution de la relation de couple

JPEG - 47.7 ko

Aller vers une intelligence des relations jusqu’à en modifier nos comportements peut nous être difficile. Il s’agit de décider d’apprendre, patiemment.

Réellement ; il s’agit aussi de devenir conscients et convaincus de l’enjeu et d’accepter de revoir notre "Carte du Tendre", d’éliminer de nos conceptions et de nos principes tout ce qui est vain, sclérosé, stérile, destructeur et qui a déjà prouvé son inefficacité, de l’éliminer de nos gestes, de nos expressions, de notre vie, c’est-à-dire de refuser de nous situer en-deçà du niveau humain, alors que toute la force de nos conditionnements et de nos croyances nous pousse à y rester.

Comment se fait-il que la relation amoureuse se solde si fréquemment par un échec, une séparation ou une vie à deux peu satisfaisante, avec son lot de souffrances, de déchirures, de haine, de rancœur, plus souvent que son lot de paix ?

Chacun dit avoir "misé" beaucoup, fondé là tous ses espoirs d’un bonheur possible pour son Être et avec l’autre, oubliant que "miser", c’est "compter sur", attitude passive, au contraire de "donner de soi", "y mettre du sien" ou "se donner les moyens", oubliant aussi le lien de sens entre "œuvre" et "ouvrage", travail, action.

Le couple se retrouve ainsi otage des attentes que chacun des conjoints nourrit à l’égard de l’autre. En vérité, un manque d’autonomie affective, une difficulté à s’aimer soi-même se cache derrière ces attentes. Une incapacité à assumer sa vie ou à lui donner un sens, à se situer en tant qu’individu adulte.

Nous avons choisi de distinguer trois séquences dans le couple. Souvent vécues à partir de postulats erronés et de fausses croyances, nous pouvons les remplacer par des fondations plus saines, favorables à l’accomplissement d’une vie à deux.

1. L’illusion d’Amour : "Tu me combles, donc je t’aime"

C’est le stade de la séduction ou phase infantile. Un sentiment naît à partir de ce qui crée l’attrait physique, émotionnel et intellectuel. Je deviens sensible à l’autre.

Très vite, à partir de "satisfactions" superficielles, je vais à la chasse aux indices qui vont me permettre de dire que l’autre va me combler. D’emblée, il devient réponse à mon besoin d’être aimé(e) et risque d’être enfermé dans ce rôle, assigné à cette mission impossible.

D’emblée, en effet, je l’utilise pour étancher ma soif d’amour, pour satisfaire mes besoins, pour absorber mes manques. J’en fais mon idéal. Il n’existe déjà plus pour lui-même.

Dans cette première phase, tant que l’autre me comble, je considère qu’il m’aime et que je l’aime, et je m’investis dans cette relation pour maintenir ce niveau de nourriture affective.

Les époux sont chacun consommateurs de ce que l’autre apporte dans la relation. Chacun est motivé pour combler l’autre, se sentant ainsi lui-même comblé. Dans sa version la plus immature, les partenaires cherchent très peu à se connaître, mais à se gratifier.

Comme ils jouent aveuglément à se combler, la frustration est peu présente. Chacun glisse sur les différends et reste aveugle aux différences pour se noyer, se fondre, s’oublier dans un apparent bien-être.

Tout coïncide si bien que le couple a l’impression que sa vie va à merveille. Mais c’est une illusion ! Les conjoints ont l’illusion de répondre mutuellement à leur rêve d’Amour. Ils croient réellement que l’autre va satisfaire tous leurs besoins. Ils ne sont pas différenciés mais confondus...

Ce n’est qu’après cette idéalisation première que le quotidien va révéler chacun dans ses différences, ses défauts, ses traits, qui deviennent frustrations pour l’autre. De positif, le miroir devient négatif. A l’enfant comblé se superpose l’enfant blessé, insécurité, menacé.

Pour éviter le choc de sortie de cette étape illusoire, le couple pourrait passer d’une séduction infantile à une "séduction adulte". L’enfant craint d’être lui-même, de peur de déplaire et de se faire rejeter.

L’adulte se montre tel qu’il est avec ses qualités, ses défauts, ses choix. Il sait que sa relation à l’autre est basée sur le respect mutuel, la complémentarité, l’acceptation.

Il se sent personnellement responsable de son autonomie et de son équilibre affectif.

2. L’autre-miroir : "Je renonce à toi comme moyen de me combler. Je te vois comme différent de moi et comme un miroir"

Dans un miroir, nous sommes face à notre image. L’autre est notre miroir positif lorsqu’il nous renvoie une image gratifiante.
Par contre, il devient frustrant s’il reflète nos défauts, nos insuffisances, nos manques, nos blessures d’enfant. Nous le fuyons, nous le cassons... pour en chercher un autre.

Car tous les miroirs ont la même fonction : révéler. Où est l’amour si, chaque fois que l’autre n’est pas comme je veux, je le rejette ? Les théories psychologiques affirment que les défauts que je ne supporte pas chez l’autre sont ceux que je n’ai pas reconnus chez moi ou que je rejetterais si je les découvrais.

Le miroir m’oblige à me voir imparfait et à me différencier : l’autre est réellement autre, différent de moi. Il est lui, il n’est pas là pour moi, il n’est pas la cause de ma souffrance. Il en est simplement le révélateur c’est-à-dire que là où il me fait mal, j’ai en fait déjà mal. Il vient toucher là où la douleur était nichée.

Celui en nous qui rejette le miroir, c’est encore une fois l’enfant qui se sent impuissant et a peur de perdre l’autre. Il s’agit pourtant d’apprendre à utiliser le miroir au lieu de le subir et d’être déçu.

Dans la première phase, le couple est en symbiose : il n’y a pas deux personnes. Il y a une confusion, une fusion qui est symbiose illusoire. Le défi de cette deuxième étape est de construire l’autonomie affective grâce à laquelle je peux accepter et assumer que l’autre ne me comble pas à 100 %.

Subir le miroir, lorsque les frustrations sont là, c’est entrer en conflit, se disputer, entretenir la mésentente, rester dans les reproches, les exigences, le rejet. Utiliser le miroir, c’est au contraire accepter de faire face, de rester devant, même quand l’image ne nous plaît pas.

Comme nous sommes aussi miroir de l’autre que nous regardons (à qui nous reflétons une image), il s’agit d’intégrer ce reflet à notre découverte de l’autre, alors même qu’il ne nous comble pas, ne nous convient pas par certains aspects, est trop différent de nous.

Grâce au miroir, je peux apprendre à me connaître, je peux explorer mes qualités, même celles dont je n’avais pas conscience, et ce sont vraiment des découvertes merveilleuses que permet le couple.

Mais le couple est également merveilleux quand il me révèle mes souffrances enfouies, celles que j’ai refoulé pour tenir le coup parce que je ne pouvais pas me révolter : mes insuffisances, mes défauts, mes manques, mon immaturité tout simplement, mes contradictions, mes incohérences... et peut-être justement y a-t-il là à définir avec l’autre, et d’abord avec soi, un espace de rencontre, de dialogue.

Quand on regarde l’état du monde, pourquoi y a-t-il guerre ? Parce que les êtres humains que nous sommes sont défaillants sur le plan du dialogue ; nous sommes de vrais barbares.

Non seulement, nous sommes violents mais nous ne sommes même plus conscients de cette violence, nous voyons seulement la violence à l’extérieur, pas celle que nous avons à l’intérieur, avec nos attentes, nos jugements, nos critiques, à l’égard de nous-mêmes et de l’autre.

Une saine communication nous invite à dire nos attentes, nos préférences, notre sensibilité. Par exemple : "je ne me sens pas aimé si tu ne viens jamais vers moi, si tu n’as pas des mots affectueux" plutôt que "Tu n’es pas affectueux, tu ne viens jamais vers moi !".

Parler de soi, de ses besoins, de sa manière de ressentir les choses, se faire connaître. Mais aussi apprendre à se combler soi-même, accepter d’apprendre à m’aimer moi-même, là me semble être la clé.

Si chacun apprenait à s’aimer, à se respecter, à connaître ses besoins, à panser ses blessures, à communiquer de façon juste, il débarrasserait le couple de toute la demande de prise en charge infantile dont il accable l’autre.

C’est cette demande de prise en charge qui emprisonne l’espace d’épanouissement possible du couple.

Nous savons qu’il est impossible et inadéquat qu’un adulte réponde ainsi aux attentes d’un autre, un conjoint n’est pas un père ou une mère. Une branche de la psychologie, l’Analyse Transactionnelle, décrit trois "Etats du Moi", trois instances qui vivent en chacun de nous : l’Enfant, l’Adulte et le Parent.

La proposition est que le Parent en nous (et non pas à l’extérieur de nous, dans notre couple...), celui qui peut soutenir, comprendre, porter, donner de l’amour à la partie en demande, la partie Enfant. Il s’agit pour cela de développer une relation avec soi-même et pour beaucoup, s’aimer soi-même, être un prochain pour soi-même, est quasi inconcevable !

Or, il est important de comprendre qu’il est impossible de réussir une relation d’amour avec un autre si nous ne nous connaissons pas, si nous ne nous aimons pas. Comment attendre d’un autre qu’il nous aime, si nous ne nous trouvons pas aimable, si nous n’avons jamais pris la peine de nous arrêter sur nous-mêmes ?

3. Devenir un couple

Et passer de l’état consommateur à l’état créateur, qui est aussi celui du travail sur soi. A partir de ce travail de transformation de soi, naît tout naturellement ce qu’on appelle le travail du couple, l’œuvre de création du couple.

Tous les aspirants au mariage devraient savoir que, pour devenir couple, nous avons un travail à accomplir.

Le couple n’est pas donné au départ, il est à créer. Avec son cœur, son intelligence, son corps. Et il est impossible d’aimer si l’on n’a pas appris à s’aimer.

Dans cette troisième phase, par l’autonomie affective conquise, l’apprentissage du respect et de l’amour de soi, j’ai de l’Amour à offrir et à partager, dans le respect de moi-même et de l’autre.

Je sais que l’autre peut ne pas répondre à tous mes besoins et je peux continuer à aimer, y compris moi-même, et vivre une relation de respect et d’amour très enrichissante.

Une solution serait de faire passer dans l’éducation, dans la vie en général, ces notions d’autonomie affective, d’(im)maturité, de prise en charge des blessures de l’enfance, de conscience qu’on se construit par couches de blessures et de refoulements qui, tôt ou tard, dans une relation, et notamment dans la relation amoureuse, vont ressortir pour être résolus.

Toutes ces phases peuvent se présenter à n’importe quel moment de la vie du couple, en tant que processus. Nous avons toujours des chocs, des révélations et des illusions à perdre, toujours une part d’autonomie à construire, en soi et avec l’autre...

Mais si l’on a su établir la communication, il se crée dans le couple un espace de réalisation personnelle et relationnelle : "Ni un, ni deux ; un et deux à la fois."

Inscription