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Candaulisme et complexe de la Madone et de la Putain

" J’ai toujours été fidèle ", nous dit Fanny, un sourire crispé pendu au bout des lèvres.
- " J’aime mon homme et il m’aime." En réalité, côté privé, cette jeune femme âgée de 29 ans, et maman d’une petite fille nommée Déborah, affirme mener une vie franchement très agréable.

Et côté sexe ? À cette question, Fanny met du temps avant de répondre. Elle cherche ses mots, hésite, puis finit par se lancer :
- " Depuis l’arrivée de Déborah… c’est vrai que ce n’est plus vraiment pareil. Notre libido de couple s’est lentement endormie. En fait, j’ai du mal à concevoir que mon corps, qui a nourrit, qui sécurise notre fille, puisse également être l’objet des désirs de mon mari ou même des désirs d’autres hommes. J’ai même l’impression depuis que je suis maman que je ne suis plus capable de fantasmer comme avant, que je n’ai plus de désirs, que mes pulsions n’existent plus… "

Influences culturelles

Pas toujours évident, en effet, de se libérer des filets de l’inconscient collectif. Pas toujours évident d’entrelacer, dans sa fantasmatique, le « féminin » et le « maternel ». Question de culture, d’’idées reçues. Cette difficulté tiendrait en partie à la tradition judéo-chrétienne, ancrée en nous, malgré nous, depuis des siècles.

En scindant la femme en deux icônes antagonistes – Marie la douce, la pure et Ève la corruptrice –, la tradition judéo-chrétienne nous a toujours enseigné que bonheurs sexuel et maternel étaient antinomiques. Qu’une femme ne pouvait être à la fois aimante – avec ses enfants et son époux – et amante – avec son conjoint ou ses amants. C’est ce qui explique bien souvent les difficultés à exprimer un désir candauliste pour un homme ou à l’accueillir quand on est son épouse.

Certaines personnes sont particulièrement gênées à l’idée qu’une femme, une épouse respectée et respectueuse, une mère de famille douce et dévouée à son foyer puissent être tout à la fois séductrice, libérée et pleinement épanouie dans une sexualité ouverte. Cette gêne, parfois même ce malaise est le plus souvent lié à notre société où l’éducation a toujours largement été une affaire de femme, où la maman est sacralisée. Dès le plus jeune âge, pour la petite fille comme pour le petit garçon, la mère est le symbole même de l’amour, de l’autorité, du respect, de la douceur.

Pour nombre d’entre nous, il est impossible d’imaginer notre mère dans une sexualité autre que matricielle. La sexualité de notre mère ne peut pas être imaginée, libérée ,dédiée au plaisir. Imaginer cela nous est naturellement impossible car assimilé à une forme d’inceste fantasmé. Cet interdit conceptuel devient alors comme une forme de réalité « virtuelle ». Ce qui est totalement contradictoire, car au fond, s’il existe quelqu’un qui a déjà fait l’amour, dans sa vie, c’est bien notre propre mère !

Bien sûr, à l’âge adulte, la plupart des hommes et des femmes dépassent naturellement cette image de sexualité uniquement dédiée à la reproduction.
Mais il arrive, que cette image reste enfouie en nous, profondément, comme une empreinte, une trace indélébile, inconsciente, refoulée.

Principes de projection et d’identification

Ainsi, le jour où la jeune fille devient mère à son tour, ou que le jeune homme voit sa partenaire devenir mère, cette image qu’ils ont construit petits, devient une réalité d’adulte. Incapable de s’en défaire, les jeunes filles s’identifient à leurs mères et les jeunes hommes la projettent alors sur leurs conjointes.

Il est tout naturel que mes fantasmes, mes désirs ou mes pulsions de femme soient atténués maintenant que je suis maman, se dit la jeune femme qui vit pleinement son statut de mère.

Comment pourrait-elle légitimement entendre et comprendre les désirs candaulistes du père de ses enfants ? C’est sans doute parce-que leurs propres mères leurs ont toujours appris à regarder la maternité comme l’aboutissement de la féminité. Une fois devenues mamans, elles ont ainsi développé une forme de frein pour le plaisir, l’orgasme et le lâcher prise. À leurs yeux, désir de sexe et désir d’enfant ne peuvent plus cohabiter.

Quant aux hommes habités par des désirs candaulistes et pères de famille, comment pourraient-ils envisager les prouesses sexuelles de la mère de leurs propres enfants sans éprouver de la honte, de la crainte, de la culpabilité ?

Comment dans ses conditions, investir ou réinvestir la complicité de son couple à travers une pratique candauliste ? Consacrer le sexe de son épouse comme un lieu de plaisir, de jouissance, alors que de lui est sorti ou sortira notre ou nos propre(s) enfant(s) ? Débordés par cette angoisse, certains candaulistes taisent leurs désirs à leurs épouses et s’investissent totalement dans une activité professionnelle ou sportive.

Leurs propres épouses quant à elles, répriment l’épanouissement de leurs féminités à travers un rôle de « working girl » ou se fuient dans un rôle de mère accomplie avec dévouement et reconnue par tous, jusqu’au jour où les enfants devenus grands et l’âge avançant, elles décident elles aussi de vérifier leurs capacités de séduction.

Comment dépasser ce complexe ?

Pour s’orienter vers une pratique candauliste, il est d’abord nécessaire d’admettre qu’une femme peut être une épouse et une mère accomplie tout en ayant une sexualité libérée et assumée.

La résolution du Complexe de la Madone et de la Putain repose principalement sur la remise en question de nos propres idéaux, de nos propres inhibitions. Pour cela, on peut se faire aider par un psy ou suivre une thérapie de couple. Il est aussi possible d’opter pour la transparence, en disant ses doutes, ses craintes, à son conjoint.

Dans tous les cas, il s’agit de trouver en soi le courage non pas de se remettre en question, mais plutôt de remettre en question les certitudes que nous avons intégrées inconsciemment très jeune.

C’est un véritable travail d’introspection parfois délicat mais souvent nécessaire au bien-être de son couple. Un travail d’auto-analyse est parfois nécessaire pour comprendre qu’une mère, aussi tendre soit-elle, a le droit d’être sensuelle et désirable même aux yeux d’autres hommes. Elle peut être libérée et rester digne d’élever et de chérir ses enfants en faisant la part des choses entre sa sexualité et sa maternité sans honte ni culpabilité.

Pour conclure, réduire la femme à deux images antagonistes, représente, dès le départ, une erreur de jugement nuisible à son épanouissement et à sa réalisation. Une femme n’est pas Madone ou Putain, pas plus qu’elle ne serait Madone et Putain. Pour un candauliste, contempler la Féminité, c’est en premier lieu contempler l’épanouissement du plaisir de sa partenaire et la considérer, l’aimer dans son intégralité et son intégrité.

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